Jean-Jacques Hocquard, un des refondateurs et pilier de notre association, est décédé le 21 janvier 2026 à l’âge de 84 ans. Il a été membre du du « bureau Wallon » (1961/1962). Pour notre site et ses obsèques ce 29 janvier au Père-Lachaise, Dominique Wallon a rédigé ce texte. (Photo: Jean-Jacques (à gauche) avec Georges Terrier et Jean-Louis Peninou, le 19 mai 2018, à la journée « l’Unef en mai et juin 1968 ». Photo Michel Langrognet.
Jean- Jacques était un ami merveilleux, et nous sommes nombreux à pouvoir témoigner de la fidélité et de la générosité du couple qu’il formait avec Joëlle.
C’était un personnage assez extraordinaire, curieux, attentif aux autres, généreux, réactif, attractif, qui s’est construit une vie exceptionnelle à partir d’un point de départ pas évident, une école technique de TSF et d’électronique, qu’il a quitté volontairement avant le diplôme. Il aurait pu devenir plus tard officier-radio dans la marine, ce qui n’est pas négligeable ni inintéressant…
Mais non…A 19 ans, il arrete ses études pour militer et travailler à l’UNEF. Ce virage intégral il le fait en raison de la guerre d’Algérie. Le niveau déjà atteint dans sa formation en cours donnait l’équivalence du bac, mais pas le statut d’étudiant ni pour le sursis, ni pour la sécurité sociale. A18/19 ans, il entre en contact avec le bureau de l’UNEF, il s’y installe même physiquement, pour faire aboutir ces deux revendications pour toutes les écoles du Supérieur technique qui n’en bénéficiaient pas. Fin 59, il gagne sur les deux tableaux, adhère à l’UNEF au Cartel des étudiants du Supérieur Technique, alors qu’il arrete sa scolarité, milite activement (il est du service d’ordre à la Mutualité le 27octobre), et, à 20 ans, en octobre 61, il entre au bureau national comme VP Jeunesse adjoint, chargé de la culture.C’est René Nannoni qui l’avait vu travailler sur les sursis, qui me conseille de le faire.
Sur ce sujet, Jean Jacques disait qu’il avait plusieurs atouts :
* venir du Cartel du Supérieur Technique (une première au bureau national), à direction communiste, sans être lui-même communiste, ni catho non plus,
* être originaire d’un milieu modeste
* et donner une image populaire, et non « universitaire », très différente de la plupart des dirigeants nationaux de l’UNEF, à commencer par son président. Je peux ajouter son tout jeune mais vif intérêt pour le théâtre grâce à la proximité physique des bureaux du CEST et de Travail et Culture.
Au Congrès de Reims, Pâques 62, il obtient un des deux ou trois meilleurs quitus du bureau sortant. Il est réélu, dans le bureau présidé par François Le Meilleur puis Jean Claude Roure, comme VP culturel à part entière.
Il aura lancé avec succès une enquête, qui fera date, auprès des AG sur leurs activités culturelles et celles des étudiants. Souvent présent rue Soufflot (même avant son élection), il travaille à la préparation du Festival Culturel International de l’UNEF de Poitiers de septembre 61, et son travail avec l’AG de Lille permettra à la 10ème édition du Festival, en septembre 62, de connaître un très vif succès. Et surtout, c’est à son occasion que s’affiche, préparée depuis plusieurs mois par Jean-Jacques et Jean Pierre Miquel, la relance, en fait une re-création de la Fédération Nationale du Théâtre Universitaire, dont Miquel sera le président, Hocquard Vice-Président, avec également au bureau Jack Lang et Philippe Léotard (le comédien).
Au bureau de l’UNEF, il apprend pas mal de choses, est favorable à des actions fortes contre la guerre ; je me souviens qu’il avait trouvé ma position trop prudente après le massacre des Algériens par la police de Papon le 17 octobre 61. Il n’avait pas tout à fait tort même s’il s’agissait plutôt d’une faiblesse d‘imagination quant aux formes d’action et de communication.
Dans l’équipe, Jean-Jacques était un compagnon hyper-sympa, un bon vivant, et même un adepte des traditionnelles chansons paillardes. En tout cas il faisait souvent partie du petit groupe d’entre nous qui, les soirs disponibles, allait dans un bistrot de la rue du Faubourg Montmartre déguster des huîtres.
Jean Jacques ne demande pas un nouveau mandat au Congrès de Dijon de 1963, se consacre à la Fédération du Théâtre Universitaire et travaille à l’UNEF avec les AG pour la préparation et l’organisation de ses festivals internationaux, à Lyon en 64, à Marseille en 65. Il assure seulement la programmation pour celui de Paris en 66, qui sera très mal organisé (faute d’une AG centrale organisatrice, comme en province) et dont le déficit pèsera sur la crise plus politique de l’UNEF.
C’est à cette époque, la première rencontre avec Armand Gatti et il organise en 1967 la tournée de sa pièce V comme Vietnam.
Il ne faut pas oublier qu’en mai 66, suite à l’invitation par Jean Jacques d’une troupe chinoise, il fera partie de la délégation officielle de l’UNEF invitée par le gouvernement chinois, avec Alain Crombecque, Marc Kravetz, Jean-Louis Peninou et Michel Rostain. Vraiment une formidable délégation (que des stars ?)
Jean-Jacques ne coupera jamais le cordon ombilical, si je peux dire, avec l’UNEF, à l’égard de laquelle il a une immense et affectueuse reconnaissance pour l’action qu’elle a menée contre la guerre d’Algérie et pour bien d’autres combats, et pour l’opportunité qu’elle lui a offerte de construire une nouvelle vie, militante et culturelle. Très actif à l’association des anciens, présent dans tous les débats sur l’UNEF, un passeur essentiel pour les générations postérieures du syndicalisme étudiant. Un de ses bonheurs aura été de voir son fils Frédéric et sa petite fille Salomé entrer au bureau national de l’UNEF. Trois belles générations de militants. Une véritable dynastie…
Dominique Wallon.
Parmi les hommages et pour aller plus loin:
LA FRICHE : Suite au décès de Jean-Jacques Hocquard, la Friche s’associe au témoignage de Philippe Foulquié qui revient sur le rôle qu’a joué Jean-Jacques, aux côtés d’Armand Gatti, dans cette friche balbutiante et bouillonnante du début des années 90. Toutes nos condoléances à sa famille et ses proches. Texte complet ici
JEAN-PIERRE THIBAUDAD : Né en 1941, Jean-Jacques Hocquard vient de mourir en Bretagne où il vivait à demeure ces dernières années , entouré des siens. Il revenait parfois à Paris pour des consultations médicales, voir des amis et s’occuper d’achever de mettre en ordre à Montreuil, l’héritage d’ Armand Gatti et le archives de la fabuleuse aventure de « La parole errante ». Voir le blog sur Mediapart.
ALEXIS CORBIERE sur Facebook, « Triste d’apprendre la mort de Jean-Jacques Hocquard »
Atelier histoire sur le thème « scissions et réunifications » au congrès de l’UNEF de Nancy, 1er avril 2022, avec les interventions – entre autres – de la « dynastie » Jean-Jacques, Frédéric et Salomé.
Notice Jean-Jacques Hocquard dans le Maitron (Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier/mouvement social).
Sur le site du Germe « Jean-Jacques Hocquard (1941-2026) »
